Je suis un TV junkie depuis près d’un an.
Tout a commencé avec l’émission 24 qui, à ses sommets qui me semblent déjà lointains, réinventait la façon d’écouter la télévision. De l’écoute passive, on passe à l’écoute plutôt active, voir maladive par moments.
Leslie Nelson est celui qui, pour moi, a le mieux résumé ce changement d’écoute de la télévision. Dans un mini-documentaire présent sur le DVD de Police Squad!, la série fantastique retirée des ondes après moins de 6 épisodes (et récupérée sous la forme de la trilogie The Naked Gun), Leslie mentionne que la seule chose qui aurait pu sauver la série est le laugh track.
Police Squad! était truffé de gags subtils et moins subtils qui demandaient au public de s’investir pour bien les saisir. Après quelques semaines de cotes d’écoutes catastrophiques, on s’est rendu compte que c’est le manque de direction qui dérangeait le public. Ainsi, il y a 20 ans, le fameux laugh track servait à récupérer l’attention des gens qui écoutaient la télévision de l’oreille gauche seulement. Il permettait de dire au public quand rire et, à la limite, pourquoi rire.
Voilà l’argument pour l’échec de la série, par Leslie Nelson : devant l’obstination des
producteurs à ne pas ajouter un laugh track pour ‘guider’ les téléspectateurs, l’émission n’a pas su prendre toute sa valeur auprès du public.
Or, cette période est officiellement révolue. L’écoute de la télévision est désormais une expérience complète et entièrement satisfaisante qui ne nécessite plus une activité ‘B’ pour ne pas trop s’emmerder. Fini le temps où les séries sont orientés spécifiquement vers le public faisant une écoute sporadique et intermittente.
En 2007, on écoute la télévision comme si notre vie en dépendait. On suit les aventures plutôt absurdes d’un groupe de perdus sur une île de birth contrôl extrême ; on regarde des évadés de prison courir comme des poules sans tête ; on observe l’évolution de gens ordinaires avec des pouvoirs extraordinaires… la liste d’émissions est longue. L’évolution des séries en une forme de longue mini-série, où chaque épisode dépend grandement du précédent, où le budget grandit sans cesse, constitue le plus grand changement palpable dans l’environnement télévisuel.
On a maintenant de très bons films de 24 heures où les personnages sont plus importants que l’intrigue, ce qui force le public à s’impliquer et à revenir pour connaître leurs prochaines péripéties.
Plusieurs raisons sont attribuables à ce changement. On pourrait penser à l’avènement du DVD et de l’échange en bittorrent, qui nous permet d’écouter la série quand bon nous semble, au rythme qui nous plait et, surtout, sans pauses commerciales.
On pourrait aussi l’attribuer au cinéma maison et à la technologie
haute-définition, qui modifie profondément l’expérience télévisuelle en nous en donnant autant, sinon plus, qu’un bon vieux film.
Tous ces boulversements ont fait en sorte que les bons acteurs ont envahi la télévision, qui offre désormais des rôles plus complets, sans qu’ils ne donnent l’impression d’être pris dans le creux de la vague. Glenn Close, Bill Paxton, Martin Sheen, Kiefer Sutherland et, plus récemment, Malcolm McDowell ont tous su réinventer leur carrière en donnant aux amateurs de séries des performances hallucinantes.
La télévision a profondément changé pour le mieux, dans un contexte où l’attention du public est plus divisé que jamais entre des dizaines d’activités potentielles. Et moi, je suis complètement accroché à ce phénomène. Je suis dépendant.
Je suis un TV junkie et j’engraisse.